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Interview de Ludivine Blanc

Ludivine Blanc (JETS de Sarcelles) a décroché 6 titres et battu 3 records aux Championnats du monde de nage en eau glacée. Exceptionnel ! (photo : Stéphane Kempinaire)

Du 12 au 15 janvier, Ludivine Blanc (28 ans) a connu le sommet de sa carrière. La sociétaire des JETS de Sarcelles était pourtant 10 fois championne de France en bassin, recordwoman du monde en sauvetage sportif, recordwoman du Défi Monte-Cristo (eau libre) et finisher du DesertusBikus (un raid de 1300 km à vélo). Mais à Samoëns (Haute-Savoie), elle a fait encore mieux en décrochant 6 titres et 3 records aux Championnats du monde de nage en eau glacée. Un authentique exploit puisqu’elle n’a découvert la discipline qu’il y a trois mois. Rencontre juste après ces Mondiaux sous l’égide de l’International Ice Swimming Association (IISA) qui a réuni 655 nageurs de 41 pays.

- Ludivine, à quoi ressembla votre entraînement pour ce grand rendez-vous ?

Par semaine, j’ai nagé 2 à 3 fois en bassin dans le public (entre 1,5km et 4 km en fonction du monde, du temps disponible et de la motivation du jour), une fois en lac le week-end (pour nager environ 50 m dans de l'eau froide, à 10°C). J’effectuais deux séances de bains froids si possible dans une eau à 9° C (pendant 3 à 5 minutes) et une séance de cryothérapie (à – 90° C dans une cabine à air sec pendant 4 minutes).

- Avez-vous fait appel à des spécialistes pour vous guider dans cette nouvelle discipline ?

Oui. J’ai pu être conseillée par Arthur Guérin (recordman du monde et champion du monde d'apnée en eau glacée), François Raoux (cardiologue de l'INSEP et de l'institut Montsouris) Jacques Tuset et Nage Évasion (spécialistes de l’eau libre), Cryomed (une salle de cryothérapie) et Marine Leleu (finisher de l’Enduroman, qui est venue dans l'eau avec moi pendant mes protocoles de froids pour analyser ma résistance au froid en tant que sujet témoin). Et bien sûr, ma famille et le club des JETS de Sarcelles ont été de précieux soutiens.

« Pour le protocole de froid, je suis un peu spéciale… »

- Quel a été votre « protocole de froid » pendant la compétition ?

Je suis un peu spéciale…Contrairement aux autres, je rentre froide dans l’eau et non réchauffée…Je porte un gilet de cryo car François Raoux, son équipe et moi, nous sommes rendu compte que je tolérais mieux le froid si ma température était moins élevée que la normale...Du coup je m'échauffe à sec 1 heure avant l'épreuve, je porte le gilet de cryo 30min avant la course, j'évite de porter ma parka pour ne pas trop me réchauffer (je suis en peignoir fin...) Puis je nage ! Pour le réchauffement, je suis passée 2 fois dans le sauna (50 m dos et 100 m nage libre) mais je n'aime pas cette méthode... Elle me fatigue plus... Je préfère me réchauffer naturellement en marchant comme après le 50 m nage libre. Mon afterdrop (moment où le corps tente de se réchauffer en tremblant) est nettement moins violent du coup.

« J’ai battu 3 records du monde ce qui fait de moi un membre du Guinness Book »

- Que retiendrez-vous de ces Championnats du monde en eau glacée ?

J’ai savouré chaque instant. J'ai eu la chance d'être drivée par Catherine Plevinsky, Jacques Tuset et tout le staff de la FFN même si je ne faisais pas partie de l'équipe de France. Participer à mes premiers championnats du monde en France et faire retenir 3 fois la marseillaise était, pour moi, la meilleure manière de remercier toutes les personnes qui m'ont aidé et soutenu, peu importe les moments de ma préparation ! Qu'ils soient encore là ou non...J'ai écouté leurs conseils et ça a marché. Merci !

- Vous êtes la première depuis la création des Mondiaux (en 2015) à être invaincue sur une édition. Votre sentiment ?

C’est une grande fierté. D’autant que la concurrence était relevée. J’ai décroché 6 titres mondiaux (3 au scratch et 3 chez les 25-29 ans). J’ai aussi battu trois records du monde ce qui fait de moi un membre du Guinness Book des records. Pour mes premiers Championnats du monde dans cette discipline, c’est incroyable !

- Racontez-nous vos courses. La première, le 50 m dos, était dans une eau à 3,7° C alors que vous n’aviez jamais nagé à moins de 4,6° C. Quelles étaient vos sensations ?

J’appréhendais ! Mais finalement, l'entrée s'est bien passée et je me suis lancée (un peu comme je pouvais !) dans la course. J’étais en retard par rapport aux autres concurrentes car je n'avais pas bien entendu le coup de départ à cause de mes bouchons d'oreille. J'ai tout de suite senti le froid me saisir et j'ai joué sur une de mes qualités : mes jambes. J'ai accéléré tout le long de la course sur les jambes. Aux 25m, je commençais à boire de l'eau et à me refroidir. J'ai donc pensé à relever la tête pour éviter d'en avaler plus. Pour les 5 derniers mètres, j'ai encore tenté de relancer sur les jambes mais je me suis lancée sur le mur trop tôt... Ce qui fait que mon arrivée n'est pas optimale.

Cette épreuve m'a demandé énormément d'énergie. J'ai mis plus de 20h avant d'avoir une fréquence cardiaque "normale"... C'est pour cela que j'ai fait l’impasse sur le 100m dos. Je sentais que mes jambes allaient me consommer beaucoup trop d'énergie pour enchainer le 100m dos et le 100m crawl et que j'aurai subi les 2 épreuves, ce qui n'est pas l'intérêt.

Lutte acharnée sur le 100 m nage libre

- Sur le 100 m nage libre, vous vous mesuriez à la recordwoman du monde, Alisa Fatum. Ca a donné lieu à une lutte serrée…

Je savais qu’Alisa Fatum était une concurrente sérieuse ! Cette fille est impressionnante tant dans l'eau qu'en dehors. Mais je me suis laissé croire que j'avais ma chance de remporter la course. Sans oublier qu'il y a 5 semaines, j'étais incapable de faire 1 mètre dans une eau à moins de 12°C...Je me suis élancée difficilement car le mur glissait énormément... Et que le fond était noir. Je suis nageuse de bassin. Je suis habituée à suivre les petits carreaux au fond de l'eau. Là, pas de carreau. Juste la ligne d'eau et l'instinct pour nous guider droit dans le couloir. Grâce à mes courses en eau libre l'été, j'ai pu éviter de relever la tête trop souvent même si je l'ai fait pas mal de fois...

- Saviez-vous que vous étiez devant pendant la course ?

Je savais que j'étais devant au 50m. Il me restait simplement à maintenir l'allure. Sauf que non (rires). Alisa commençait à me remonter nettement et lors du dernier virage, nous nous sommes regardé. C'est là que j'ai compris qu'il restait un seul 25 m et que tout se jouerait dessus. J'ai accéléré le plus fort possible tout en essayant de nager le plus droit possible dans la ligne. Chaque écart me faisait perdre de précieux centimètre par rapport à elle. Lorsque j'ai senti que la fin du 25m arrivait, j'ai relevé la tête très rapidement pour estimer le nombre de coups de bras qu'il me restait avant de toucher le mur. Je savais qu'il m'en restait 3,5 environ. J'ai donc adapté ma nage en appuyant de toutes mes forces afin de faire une arrivée franche et nette sur le mur.

- Que ressentiez-vous quand vous avez touché le mur ?

Je n'ai pas réalisé ce qu'il se passait... Je savais que je devais sortir de l'eau. Mais tout mon corps manquait d’énergie... J'ai eu du mal à me soulever sur l'échelle pour sortir... Et j'ai dû mettre plus de 10 secondes pour être capable de me relever sur mes pieds, enlever les bouchons et entendre les félicitations du public

- Votre dernière course, le 50 m nage libre, vous a donné des sueurs froides. Vous avez été disqualifiée dans un premier temps. Pourquoi ?

Il semblerait qu'un arbitre ait considéré que je ne regardais pas dans la bonne direction pour le départ (il faut regarder le couloir dans lequel on va nager). Au bout de plusieurs heures, il a été décrété que j’avais bien fait les choses... Merci les vidéos et les enregistrements !!

« Ma fièvre n'était pas assez haute pour être très alarmante. J'ai donc pris le départ, transit de froid mais surmotivée. » - Ludivine Blanc sur le 50 m nage libre

- Ceci dit, vous décrochez là un nouveau titre mondial et améliorez le record du monde en 28’’85. Vous attendiez-vous à cela ?

J’étais stressée mais je connais ma spécialité par cœur. J'étais malade avant ; je ne savais pas si j'allais prendre le départ en raison de ma fièvre... Et puis le médecin m'a dit que pour un 100 m, il me l’interdirait mais que pour 50m cette décision me revenait. Ma fièvre n'était pas assez haute pour être très alarmante. J'ai donc pris le départ, transit de froid mais surmotivée. Il me restait un aller-retour et je savais comment placer mes mains. J'ai adapté mes pieds au départ pour ne pas glisser comme la veille et je me suis élancée.

Avec l'expérience des Championnats de France à Megève, je savais que j'allais sentir l'asphyxie plus tôt qu'en bassin chaud. J'ai donc opté pour une technique différente du chaud : respirer régulièrement (6 temps à l'allée et 4 au retour). Respirer régulièrement m'a permis d'éviter de relever trop souvent la tête pour me repérer car je pouvais suivre la ligne d'eau. Une fois au 25m, j'ai vu que j'avais de l'avance sur les lignes autour de moi mais je voulais terminer cette épreuve et finir le plus vite possible pour me réchauffer...

J'ai accéléré durant le 2e 25m et j'ai fait les 5 derniers mètres en apnée afin de faire une arrivée franche comme au 100 m. À l’arrivée, je voulais juste sortir de l'eau. J'ai vu les filles toucher le mur peu après et j'ai été félicitée par Alicia Fatum (et les autres filles) pour mes courses et ma rapidité. C’est à ce moment que j'ai réalisé que je venais de gagner ma 3e épreuve des championnats du monde et que 28'8 était bien mon temps, et donc un nouveau record du monde...Propos recueillis par Julien BIGORNE

>>> Les résultats de Ludivine Blanc

 

Interview de Ludivine Blanc

Ludivine Blanc (JETS de Sarcelles) a décroché 6 titres et battu 3 records aux Championnats du monde de nage en eau glacée. Exceptionnel ! (photo : Stéphane Kempinaire)

 

Du 12 au 15 janvier, Ludivine Blanc (28 ans) a connu le sommet de sa carrière. La sociétaire des JETS de Sarcelles était pourtant 10 fois championne de France en bassin, recordwoman du monde en sauvetage sportif, recordwoman du Défi Monte-Cristo (eau libre) et finisher du DesertusBikus (un raid de 1300 km à vélo). Mais à Samoëns (Haute-Savoie), elle a fait encore mieux en décrochant 6 titres et 3 records aux Championnats du monde de nage en eau glacée. Un authentique exploit puisqu’elle n’a découvert la discipline qu’il y a trois mois. Rencontre juste après ces Mondiaux sous l’égide de l’International Ice Swimming Association (IISA) qui a réuni 655 nageurs de 41 pays.

- Ludivine, à quoi ressembla votre entraînement pour ce grand rendez-vous ?

Par semaine, j’ai nagé 2 à 3 fois en bassin dans le public (entre 1,5km et 4 km en fonction du monde, du temps disponible et de la motivation du jour), une fois en lac le week-end (pour nager environ 50 m dans de l'eau froide, à 10°C). J’effectuais deux séances de bains froids si possible dans une eau à 9° C (pendant 3 à 5 minutes) et une séance de cryothérapie (à – 90° C dans une cabine à air sec pendant 4 minutes).

- Avez-vous fait appel à des spécialistes pour vous guider dans cette nouvelle discipline ?

Oui. J’ai pu être conseillée par Arthur Guérin (recordman du monde et champion du monde d'apnée en eau glacée), François Raoux (cardiologue de l'INSEP et de l'institut Montsouris) Jacques Tuset et Nage Évasion (spécialistes de l’eau libre), Cryomed (une salle de cryothérapie) et Marine Leleu (finisher de l’Enduroman, qui est venue dans l'eau avec moi pendant mes protocoles de froids pour analyser ma résistance au froid en tant que sujet témoin). Et bien sûr, ma famille et le club des JETS de Sarcelles ont été de précieux soutiens.

« Pour le protocole de froid, je suis un peu spéciale… »

- Quel a été votre « protocole de froid » pendant la compétition ?

Je suis un peu spéciale…Contrairement aux autres, je rentre froide dans l’eau et non réchauffée…Je porte un gilet de cryo car François Raoux, son équipe et moi, nous sommes rendu compte que je tolérais mieux le froid si ma température était moins élevée que la normale...Du coup je m'échauffe à sec 1 heure avant l'épreuve, je porte le gilet de cryo 30min avant la course, j'évite de porter ma parka pour ne pas trop me réchauffer (je suis en peignoir fin...) Puis je nage ! Pour le réchauffement, je suis passée 2 fois dans le sauna (50 m dos et 100 m nage libre) mais je n'aime pas cette méthode... Elle me fatigue plus... Je préfère me réchauffer naturellement en marchant comme après le 50 m nage libre. Mon afterdrop (moment où le corps tente de se réchauffer en tremblant) est nettement moins violent du coup.

« J’ai battu 3 records du monde ce qui fait de moi un membre du Guinness Book »

- Que retiendrez-vous de ces Championnats du monde en eau glacée ?

J’ai savouré chaque instant. J'ai eu la chance d'être drivée par Catherine Plevinsky, Jacques Tuset et tout le staff de la FFN même si je ne faisais pas partie de l'équipe de France. Participer à mes premiers championnats du monde en France et faire retenir 3 fois la marseillaise était, pour moi, la meilleure manière de remercier toutes les personnes qui m'ont aidé et soutenu, peu importe les moments de ma préparation ! Qu'ils soient encore là ou non...J'ai écouté leurs conseils et ça a marché. Merci !

- Vous êtes la première depuis la création des Mondiaux (en 2015) à être invaincue sur une édition. Votre sentiment ?

C’est une grande fierté. D’autant que la concurrence était relevée. J’ai décroché 6 titres mondiaux (3 au scratch et 3 chez les 25-29 ans). J’ai aussi battu trois records du monde ce qui fait de moi un membre du Guinness Book des records. Pour mes premiers Championnats du monde dans cette discipline, c’est incroyable !

- Racontez-nous vos courses. La première, le 50 m dos, était dans une eau à 3,7° C alors que vous n’aviez jamais nagé à moins de 4,6° C. Quelles étaient vos sensations ?

J’appréhendais ! Mais finalement, l'entrée s'est bien passée et je me suis lancée (un peu comme je pouvais !) dans la course. J’étais en retard par rapport aux autres concurrentes car je n'avais pas bien entendu le coup de départ à cause de mes bouchons d'oreille. J'ai tout de suite senti le froid me saisir et j'ai joué sur une de mes qualités : mes jambes. J'ai accéléré tout le long de la course sur les jambes. Aux 25m, je commençais à boire de l'eau et à me refroidir. J'ai donc pensé à relever la tête pour éviter d'en avaler plus. Pour les 5 derniers mètres, j'ai encore tenté de relancer sur les jambes mais je me suis lancée sur le mur trop tôt... Ce qui fait que mon arrivée n'est pas optimale.

Cette épreuve m'a demandé énormément d'énergie. J'ai mis plus de 20h avant d'avoir une fréquence cardiaque "normale"... C'est pour cela que j'ai fait l’impasse sur le 100m dos. Je sentais que mes jambes allaient me consommer beaucoup trop d'énergie pour enchainer le 100m dos et le 100m crawl et que j'aurai subi les 2 épreuves, ce qui n'est pas l'intérêt.

Lutte acharnée sur le 100 m nage libre

- Sur le 100 m nage libre, vous vous mesuriez à la recordwoman du monde, Alisa Fatum. Ca a donné lieu à une lutte serrée…

Je savais qu’Alisa Fatum était une concurrente sérieuse ! Cette fille est impressionnante tant dans l'eau qu'en dehors. Mais je me suis laissé croire que j'avais ma chance de remporter la course. Sans oublier qu'il y a 5 semaines, j'étais incapable de faire 1 mètre dans une eau à moins de 12°C...Je me suis élancée difficilement car le mur glissait énormément... Et que le fond était noir. Je suis nageuse de bassin. Je suis habituée à suivre les petits carreaux au fond de l'eau. Là, pas de carreau. Juste la ligne d'eau et l'instinct pour nous guider droit dans le couloir. Grâce à mes courses en eau libre l'été, j'ai pu éviter de relever la tête trop souvent même si je l'ai fait pas mal de fois...

- Saviez-vous que vous étiez devant pendant la course ?

Je savais que j'étais devant au 50m. Il me restait simplement à maintenir l'allure. Sauf que non (rires). Alisa commençait à me remonter nettement et lors du dernier virage, nous nous sommes regardé. C'est là que j'ai compris qu'il restait un seul 25 m et que tout se jouerait dessus. J'ai accéléré le plus fort possible tout en essayant de nager le plus droit possible dans la ligne. Chaque écart me faisait perdre de précieux centimètre par rapport à elle. Lorsque j'ai senti que la fin du 25m arrivait, j'ai relevé la tête très rapidement pour estimer le nombre de coups de bras qu'il me restait avant de toucher le mur. Je savais qu'il m'en restait 3,5 environ. J'ai donc adapté ma nage en appuyant de toutes mes forces afin de faire une arrivée franche et nette sur le mur.

- Que ressentiez-vous quand vous avez touché le mur ?

Je n'ai pas réalisé ce qu'il se passait... Je savais que je devais sortir de l'eau. Mais tout mon corps manquait d’énergie... J'ai eu du mal à me soulever sur l'échelle pour sortir... Et j'ai dû mettre plus de 10 secondes pour être capable de me relever sur mes pieds, enlever les bouchons et entendre les félicitations du public

- Votre dernière course, le 50 m nage libre, vous a donné des sueurs froides. Vous avez été disqualifiée dans un premier temps. Pourquoi ?

Il semblerait qu'un arbitre ait considéré que je ne regardais pas dans la bonne direction pour le départ (il faut regarder le couloir dans lequel on va nager). Au bout de plusieurs heures, il a été décrété que j’avais bien fait les choses... Merci les vidéos et les enregistrements !!

« Ma fièvre n'était pas assez haute pour être très alarmante. J'ai donc pris le départ, transit de froid mais surmotivée. » - Ludivine Blanc sur le 50 m nage libre

- Ceci dit, vous décrochez là un nouveau titre mondial et améliorez le record du monde en 28’’85. Vous attendiez-vous à cela ?

J’étais stressée mais je connais ma spécialité par cœur. J'étais malade avant ; je ne savais pas si j'allais prendre le départ en raison de ma fièvre... Et puis le médecin m'a dit que pour un 100 m, il me l’interdirait mais que pour 50m cette décision me revenait. Ma fièvre n'était pas assez haute pour être très alarmante. J'ai donc pris le départ, transit de froid mais surmotivée. Il me restait un aller-retour et je savais comment placer mes mains. J'ai adapté mes pieds au départ pour ne pas glisser comme la veille et je me suis élancée.

Avec l'expérience des Championnats de France à Megève, je savais que j'allais sentir l'asphyxie plus tôt qu'en bassin chaud. J'ai donc opté pour une technique différente du chaud : respirer régulièrement (6 temps à l'allée et 4 au retour). Respirer régulièrement m'a permis d'éviter de relever trop souvent la tête pour me repérer car je pouvais suivre la ligne d'eau. Une fois au 25m, j'ai vu que j'avais de l'avance sur les lignes autour de moi mais je voulais terminer cette épreuve et finir le plus vite possible pour me réchauffer...

J'ai accéléré durant le 2e 25m et j'ai fait les 5 derniers mètres en apnée afin de faire une arrivée franche comme au 100 m. À l’arrivée, je voulais juste sortir de l'eau. J'ai vu les filles toucher le mur peu après et j'ai été félicitée par Alicia Fatum (et les autres filles) pour mes courses et ma rapidité. C’est à ce moment que j'ai réalisé que je venais de gagner ma 3e épreuve des championnats du monde et que 28'8 était bien mon temps, et donc un nouveau record du monde...Propos recueillis par Julien BIGORNE

 

>>> Les résultats de Ludivine Blanc

 

Merino : ''Pas tous les mêmes infos''

Entraîneur d'Axel Reymond (JETS de Sarcelles), Magali Merino est revenue sur la course de 25 km des Championnats d'Europe, arrêtée dans la confusion et finalement annulée, empêchant un potentiel 4e titre de son protégé (photo : Julien Bigorne)

 

Le 20 août à Ostia (Italie), Axel Reymond, bien plus frais que les Italiens de tête, semblait en mesure de décrocher un quatrième titre de champion d’Europe sur 25 km. Malheureusement, la course s’est achevée dans la confusion, rendant impossible l’établissement d’un classement. Entraîneur d’Axel et des JETS de Sarcelles, Magali Merino revient sur cet épisode surréaliste.

- Qu’est-ce qui, selon toi, à entraîner une telle situation ?

Certains nageurs ont eu une info (l’arrêt de la course), d’autres ont reçu une autre info (que l’épreuve continuait). Mais d’emblée, la course ne débutait pas sur de bonnes bases.

- C’est-à-dire ?

Au vu des conditions météos difficiles, certains nageurs étaient persuadés que l’épreuve serait arrêtée après 15 km et 3h de course, comme le rend possible le règlement. Donc, ces nageurs ont agi comme s’ils faisaient un 15 km et non un 25 km. Ils ont accéléré, fait exploser le peloton, sauté des ravitaillements et se sont mis aussi au rupteur. Sauf que le juge-arbitre n’a pas arrêté la course après 15 km ni à 18 km. En cas d’arrêt, il fallait que les juges avertissent les ravitailleurs pour que les nageurs sachent qu’il ne leur reste qu’un tour à parcourir.

« Certains nageurs ont agi comme s’ils faisaient un 15 km et non un 25 km »

- Au dernier ravitaillement, qu’as-tu dit à Axel ?

Qu’il restait encore 5 tours ! La course n’avait pas été arrêtée, alors que la question s’est posée trois fois. Lui, devait rester sur son schéma de course, c’est-à-dire prendre ses ravitaillements et aller au bout des 25 km. Si la course allait au bout, comme ça aurait dû, il défonçait tout le monde !

- Après 18 km, les trois Italiens de tête se dirigent vers le chenal pourtant fermé et tapent la plaque d’arrivée. Volonté délibérée ou info reçue ?

Je ne sais pas. En tout cas, cela confirme que tous les nageurs n’ont pas reçu les mêmes infos. Il y avait déjà eu des problèmes d’organisation sur le même site, aux Mondiaux de 2009. Des nageurs avaient été disqualifiés et ça avait été un bordel monstrueux.

« La course aurait dû aller jusqu’au bout »

- Selon toi, au vu des conditions, est-ce que la course devait être arrêtée avant son terme ?

Par rapport au départ, les vagues étaient plus grosses mais moins régulières. Donc, la course aurait dû continuer. Et là, Axel, plus frais, aurait dû gagner. La course est partie sur des bases beaucoup trop rapides. Par exemple, le Hongrois Peter Galicz (3e des Mondiaux) a pété (sic) en même temps que Matthieu (Magne). Incroyable mais vrai !

- Quel est ton sentiment sur l’arrêt de la course puis son annulation ?

Je suis dégoûtée. C’est du foutage de gueule (sic) ! Lorsque cette situation irréaliste nous est tombée dessus, c’était tellement le bordel, qu’on est restés comme des cons (sic).

- Axel termine ce Championnat sur une bonne note avec une 3e place sur le relais mixte. Sa participation a-t-elle été décidée avant ou après les événements du 25 km ?

Avant. On l’a su trois jours avant. Cette troisième place est une belle performance car, en face, il y avait le podium des Championnats du monde (Allemagne, Hongrie, Italie). C’est sa première médaille internationale en relais. Propos recueillis par Julien BIGORNE

 

 

Jouisse : ''Une injustice !''

En tête lorsque le 25 km des Championnats d'Europe s'est achevé dans la confusion avant d'être annulé, Caroline Jouisse (JETS de Sarcelles) s'estime victime d'une injustice (photo : Julien Bigorne)

 

Le 20 août à Ostia (Italie), Caroline Jouisse filait vers le titre européen sur 25 km, lorsque la course s’est achevée dans la confusion et a dû être annulée. Pour la sociétaire des JETS de Sarcelles, qui s’estime championne d’Europe, c’est une incompréhension et une injustice qu’il n’y ait pas de classement.  

 

- Après votre participation aux Mondiaux, quel a été votre programme d'entraînement ?

Magali (Merino) a décidé après les Championnats du monde d’axer la préparation sur plus de vitesse et moins de kilomètres.

- Quels stages avez-vous effectué ?

Je suis allée à Font-Romeu pour une vingtaine de jours, puis à Vichy avec l’équipe de France pour une semaine, et ensuite nous sommes partis avec toute l’équipe de France sur Rome le 14 août.

« Il était probable que la course n’aille pas à son terme »

- Qu’avez-vous pensé du site de compétition à Ostia, lors du repérage ?

Le site était top, le parcours aussi. Lors d’entrainements, nous pouvions nager en mer mais pas sur le même parcours que celui de la course. Je n’y suis allée qu’une seule fois.

- Le jour du 25 km de l'Euro, qu'est-ce qui a été dit lors du briefing ?

Lors du briefing, il a été clairement indiqué qu’il était probable que la course n’aille pas à son terme. Comme d’habitude, les briefings se font en anglais mais il a bien été précisé que si la course était arrêtée avant 15km il n’y aurait pas de classement et que si les 15km étaient dépassés alors le classement compterait. Il a clairement été dit « go until 9 laps and then we will see ».

« Ma seule stratégie était d’être devant » 

- Avez-vous constaté une évolution des conditions météos (vagues, vent, chaleur) entre le départ et l'arrêt de la course ?

La chaleur n’est pas quelque chose qui me gêne. À Budapest, je n’ai pas senti au fur et à mesure de la course que l’eau devenait plus chaude. Donc à Rome, je n’ai pas eu de souci. Concernant les vagues et la houle, nous avons pu constater l’évolution des conditions météo depuis 11h environ. Durant la course, la houle s’est amplifiée mais, comme l’a justement dit Marc-Antoine, c'est aussi le charme de ce sport. Beaucoup plus intéressant que sur le site habituel de Gravelines. Nous avions eu ce même genre de conditions lors de notre stage aux USA où nous étions avec Lisa, Aurélie et Axel. Au moins nous y avions été préparés.

- Quel était votre stratégie de course ?

Je me suis très bien sentie dès le début et je savais que je pouvais faire de belles choses. Je me suis donc énormément amusée sur cette course et j’ai adoré prendre les commandes. Dans ces conditions, la seule stratégie est d’être devant, surtout sachant que l’organisation avait insisté sur le fait qu’après 15km, la course pouvait être arrêtée.

« Le classement aurait dû et doit avoir lieu »

 - Durant les 17 ou 18 kilomètres effectués, quel a été le scénario de la course ? Quel a été votre ressenti ?

Nous étions avec les vagues pendant la moitié du tour et contre les vagues pendant l’autre moitié. J’ai essayé d’adapter ma nage à ces facteurs. Lara a mis une accélération très tôt dans la course pour essayer de faire sauter certaines nageuses (après 5km environ). Après le ravitaillement, je me suis retrouvée à côté d’elle et elle m’a dit de prendre les commandes et de faire le travail pour tenter de créer des écarts. Je me suis donc mise devant et dès ce moment, je n’ai pas été plus loin que la troisième position.

- À quelle position étiez-vous lors de l'arrêt définitif ?

Lors de l’arrêt de la course, je suis indiscutablement devant…

- Apparemment, il y a eu plusieurs arrêts avant le définitif. Comment cela a pu arriver ?

L’arrêt concernant la course des femmes a été clair (drapeau jaune et rouge en croix ce qui signifie que la course stop). Il m’a été dit de faire un tour avant de m’arrêter. J’ai donc fini mon tour entamé, fait un tour comme les juges me l’avaient dit et me suis dirigée vers le finish.

« Si l’organisation a fait des erreurs, ce n’est certainement pas à moi d’en juger et encore moins à nous nageurs d’en subir les conséquences » - Caroline Jouisse

- Pour bien faire comprendre aux lecteurs, dans la chaîne de transmission des infos, qui a pris la décision de l'arrêt et qui était chargé d'avertir les délégations et nageurs ?

La décision a été prise comme il se doit par les juges arbitres. Il ne m’appartient pas de juger ce qu’a fait la LEN (Ligue Européenne de Natation). J’écoute le briefing, je prends connaissance des règlements et j’essaye de m’adapter aux situations.

- Qu'avez-vous pensé lors de l'arrêt définitif ? Pensiez-vous qu'il y aurait un classement malgré tout ?

Que j’étais championne d’Europe. Nous avions dépassé les 15 km donc le classement aurait dû et doit avoir lieu. Concernant la course féminine, les règles ont été respectées donc c’est une incompréhension et une injustice qu’il n’y ait pas de classement…

- Quel est votre sentiment après cette mésaventure que l’on peut qualifier d'inadmissible à ce niveau ?

Mon sentiment est que j’ai gagné. Si l’organisation a fait des erreurs, ce n’est certainement pas à moi d’en juger et encore moins à nous nageurs d’en subir les conséquences.

- Que s'est-il passé entre l'arrêt de la course et la fin de soirée ?

Nous sommes allés nager avec les autres français ayant fait le 25km, Stéphane Lecat et Julien Issoulié sont restés sur places car les chefs de délégation devaient rester afin de prendre une décision avec la LEN. Il ne s’est rien passé de plus en ce qui me concerne. Pourquoi n'y aurait-il pas eu de classement dans la mesure où plus de 15 km avaient été parcourus...

- Pour votre avenir en équipe de France d'eau libre, allez-vous participer à d'autres épreuves en vue de sélections ?

Je suis actuellement au Canada pour une coupe du monde. De nouveaux objectifs seront mis en place pour l’année prochaine avec bien sûr en ligne de mire les championnats du monde de 2023.

Propos recueillis par Julien BIGORNE

Grangeon : ''Sentiment de déception''

Bien partie pour décrocher un podium sur le 25 km des Championnats d'Europe, Lara Grangeon-De Villele (JETS de Sarcelles) a vu l'épreuve s'achever dans la confusion et être annulée. Une grande déception (photo : Julien Bigorne)

 

Le 20 août à Ostia, Lara Grangeon-De Villele était bien partie pour décrocher un nouveau podium aux Championnats d’Europe de 25 km, après sa 2e place en 2021. Malheureusement, la course n’a pas été jusqu’à son terme, s’est achevée dans la confusion et a dû être annulée en raison de l’impossibilité d’établir un classement. La sociétaire des JETS de Sarcelles revient sur cet épisode déplorable.  

- Après votre titre de championne de France du 25 km et votre participation aux Jeux méditerranéens, quels ont été votre programme et vos stages d’entraînement ?

Après ces deux compétitions, j’ai chopé la COVID-19. J’ai été confinée une semaine aux Jeux Méditerranéens. Après, je me suis remise au travail, d’abord à Monaco. Puis, j’ai participé à une Coupe d’Europe de 10 km à Belgrade qui était obligatoire. Il y a une règle qui stipule qu’on doit participer à une Coupe d’Europe entre deux Championnats d’Europe. Comme j’avais été blessée en début de saison, j’ai disputé celle-ci. Ensuite, j’ai effectué un stage de trois semaines en altitude à Font-Romeu pour reprendre de la caisse et du fond. Enfin, j’ai rejoint l’équipe de France à Vichy. Nous y sommes restés une semaine avant de prendre la direction de Rome (Italie). Depuis les Championnats de France, j’ai mis un gros accent sur l’entraînement pour être en forme à Rome.

- Qu'avez-vous pensé du site de compétition, lors du repérage ?

Le site de compétition était en mer. Il y a plus de vagues qu’autour d’un lac. Les Championnats du monde de 2009 avaient déjà eu lieu à Ostia, près de Rome. Il y avait déjà eu des problèmes en raison des conditions météorologiques. On aurait pu s’attendre à un plan B par rapport à ça. Le parcours en lui-même avait quatre bouées, des bouées directionnelles. C’était un parcours convenable. Après au vu de ce qui s’est passé, j’aurai aimé qu’un plan B soit réfléchi car en 2009, il y avait déjà eu des problèmes par rapport à ça. L’entrée était gratuite pour les spectateurs mais l’ambiance n’était pas grandiose pour un Championnat d’Europe. On avait l’impression que c’était compétition banale.

« En 2009, il y avait déjà eu des problèmes à Ostia en raison des conditions météos. On aurait pu s’attendre à un plan B par rapport à ça  »

- Le jour du 25 km de l'Euro, qu'est-ce qui a été dit lors du briefing ?

La course était prévue initialement le matin. Mais vu qu’il y a eu deux jours en moins en raison des conditions météos, le 5 km est parti le matin et le 25 km l’après-midi, à 13h. Lors du briefing, ils nous ont rappelé la règle. Si jamais les conditions météos se dégradaient, la course pouvait être interrompue. Mais dès qu’on dépassait les 15 km et 3 heures de course, un classement pouvait être rendu. Du coup, avant d’arrêter la course, les organisateurs étaient censés nous prévenir un tour avant l’arrivée. J’ai même demandé s’il fallait aller toucher la plaque, ils m’ont répondu que « non ». Mais tout n’a pas été clairement précisé.

- Avez-vous constaté une évolution des conditions météos (vagues, vent, chaleur) entre le départ et l'arrêt de la course ?

Les conditions se sont dégradées entre le premier et le 5e tour. Au 5e tour, j’ai ressenti beaucoup, beaucoup de vagues et plus de vent. Après, je n’ai pas été gênée par la chaleur. J’avais fait de la thermoroom (de l’effort à 40°C) à Font-Romeu. Entre le 5e et le 9e tour, je n’ai pas senti de dégradation. Les conditions n’étaient certes pas faciles. Il y avait de la vague, du vent, de la houle. Mais on est nageur d’eau libre, pas de bassin. 

« A partir du 5e tour, je n’ai pas senti de dégradation des conditions »

- Quel était votre stratégie de course ?

Être plutôt prudente au début. Sur les efforts de longue distance comme ça, il y a toujours des moments où on se sent très bien, des moments où on se sent moins bien. Si on est très bien tôt, il faut essayer de pas trop partir, car on sait que derrière c’est long, plus de 5h30 d’efforts. Là, en plus, c’était des conditions difficiles. Ma stratégie était de rester au contact des filles tout le temps, ne pas faire de gros efforts. Mais si je voyais des adversaires mal placées, j’essayais d’accélérer au ravitaillement pour les mettre dans une situation de stress et les fatiguer un peu. Mais à aucun moment, je n’ai songé à effectuer un sprint pour partir. Il y a aussi le moment, qui peut être décisif, où les garçons nous rattrapent. Là, j’étais consciente que c’était des tours de 1 600 m et non de 2 500 m et que les garçons nous rattraperaient plus vite. Il fallait avoir de l’énergie à ce moment-là pour accélérer.

- Durant les 17 ou 18 kilomètres effectués, quel a été le scénario de la course ? Quel a été votre ressenti ? À quelle position étiez-vous lors de l'arrêt définitif ? Apparemment, il y a eu plusieurs arrêts avant le définitif. Comment cela a pu arriver ?

Jusqu’à 14 km, tout allait bien. On était 9 au départ. Durant les 10 premiers kilomètres, nous sommes restées à 9. Après, Caroline (Jouisse) et les Italiennes accélèrent au 9e tour. Elles sautent le ravitaillement. Moi, je trouve ça un peu précipité et je n’ai pas l’impression qu’ils vont arrêter la course. Je regarde les bateaux aux alentours et je ne les vois pas arrêter la course à ce moment-là. Du coup, il y a un écart qui se fait. Au passage au 15e km, je suis 4e. Il y a Caroline et les deux Italiennes (Barbara Pozzobon et Veronica Santoni) devant. À ce moment, on ne nous arrête pas, pas du tout. Au 16e km, je les rattrape. Je suis dans les pieds des Italiennes. Et là, une première fois, ils nous arrêtent. Sauf que Caroline, elle, est un peu sur la droite. Elle ne s’arrête pas. Moi, je m’arrête avec les Italiennes et Lisa (Pou) revient avec nous. Ensuite, ils nous disent de continuer. On continue. Et là, dans le 10e tour, une des Italiennes (Veronica Santoni) saute. Caroline est alors seule devant et je suis avec Lisa Pou et Barbara Pozzobon.

«Pour nous, il n’y a pas eu d’arrêt définitif» 

On fait un tour comme ça toutes les trois. Je suis entre la 2e et la 4e place, jusqu’au 11e tour. À ce moment où on repasse devant le ponton de ravitaillement, et les coaches nous disent d’aller jusqu’au finish. Là, Lisa est un peu derrière. Je suis avec l’Italienne. On va vers la plaque mais il n’y a pas de ligne, pas de juges. On s’est alors dirigés vers la plage tranquillement avec l’Italienne. Caroline était devant, ensuite moi et l’Italienne et Lisa derrière nous. Il n’y a pas eu d’arrêt. Un jet-ski n’est pas venu nous arrêter comme ça a été le cas pour Axel (Reymond). On ne nous a pas dit d’aller vers la plage. Mais on a vu Caroline y aller, on a fait de même. Je ne peux pas dire à quelle position j’étais lors de l’arrêt définitif, car pour nous, il n’y a pas eu d’arrêt définitif. Il y a eu trois arrêts mais on nous a dit à chaque fois de repartir.   

- Pour bien faire comprendre aux lecteurs, dans la chaîne de transmission des infos, qui a pris la décision de l'arrêt et qui était chargé d'avertir les délégations et nageurs ?

Je ne sais pas du tout. Normalement, ce sont les juges qui avertissent les ravitailleurs qui, eux-mêmes, sont chargés de nous avertir. Mais je pense qu’il y a eu un gros problème de communication. Je ne peux pas dire plus. Après, nous, on nageait quand même dans des conditions difficiles. Il fallait prendre des caps. On ne sait pas précisément ce qui s’est passé à côté. Mais je pense qu’il y a eu un gros problème de communication, c’est certain.

« Un sentiment de déception »

- Qu’avez-vous pensé lors de l'arrêt définitif ? Pensiez-vous qu’il y aurait un classement malgré tout ?

Il n’y a pas eu d’arrêt définitif…Au 15e km, ils ne nous ont pas arrêtées donc je ne vois pas comment ils auraient pu établir un classement. Personne ne nous a averties d’aller au 15e km à fond. Ils auraient pu peut-être établir un classement lorsqu’ils nous arrêtent une première fois, quand je suis avec les deux Italiennes. Mais à ce moment-là, ils nous arrêtent sans vraiment nous arrêter. Ils nous arrêtent, nous font des signes mais nous disent pas d’accélérer et que c’est le dernier tour. Après, je ne pense pas qu’ils auraient pu faire un classement par rapport à la plage. Avec Pozzobon, par exemple, on ne fait pas de sprint final pour arriver sur la plage.

- Quel est votre sentiment après cette mésaventure que l’on peut qualifier d'inadmissible à ce niveau ?

Un sentiment de déception. C’est beaucoup d’heures d’entraînement, d’investissement de ma part, mais aussi de beaucoup de personnes. Même si c’est moi qui nage, il y a beaucoup de personnes qui m’aident au quotidien pour arriver à ce niveau-là, pour être performante, pour me préparer. Il y a tout le staff de la fédération qui permet d’être fort dans la dernière ligne droite, mais il y a aussi tout au long de l’année notre club, les entraîneurs, la famille, les amis. Et aussi tout le club, Sarcelles. Par exemple, j’ai été obligée de faire une Coupe d’Europe à Belgrade. C’est un coût énorme. Tout ça, sans le club, sans la ligue Ile-de-France, sans la région, ce n’est pas possible. C’est une déception de ne pas pouvoir montrer les capacités du moment, car on s’est préparé pour.

« Je suis déçue qu’il n’y ait pas eu de reprogrammation de la course »

C’était une sélection en équipe de France. Je ne sais pas ce que la LEN va faire. Elle a écrit un mail très général pour s’excuser. Mais ça reste un Championnat d’Europe. J’aurai été pour qu’il y ait une course le lendemain, le surlendemain, qu’ils reprogramment quelque chose. Mais dès le moment où les deux tiers de l’épreuve ont été réalisés, ce n’est plus d’actualité. Si la course avait été annulée avant les 15 km, on aurait repris un départ le plus tôt possible. Mais là, les 15 km étaient passés. Même s’il n’y a pas eu de classement, je suis déçue qu’il n’y ait pas eu de reprogrammation de la course.

- Pour votre avenir en équipe de France d'eau libre, allez-vous participer à d'autres épreuves en vue de sélections ?

Pour être sélectionnée aux Mondiaux, il faudra participer à certaines courses et retrouver sa place en équipe de France. Cela passera par un système de qualification.

Propos recueillis par Julien BIGORNE

 

 

Grangeon : "Sentiment de déception''

Bien partie pour décrocher un podium sur le 25 km des Championnats d'Europe, Lara Grangeon-De Villele (JETS de Sarcelles) a vu l'épreuve s'achever dans la confusion et être annulée. Une grande déception (photo : Julien Bigorne)

 

Le 20 août à Ostia, Lara Grangeon-De Villele était bien partie pour décrocher un nouveau podium aux Championnats d’Europe de 25 km, après sa 2e place en 2021. Malheureusement, la course n’a pas été jusqu’à son terme, s’est achevée dans la confusion et a dû être annulée en raison de l’impossibilité d’établir un classement. La sociétaire des JETS de Sarcelles revient sur cet épisode déplorable.  

- Après votre titre de championne de France du 25 km et votre participation aux Jeux méditerranéens, quels ont été votre programme et vos stages d’entraînement ?

Après ces deux compétitions, j’ai chopé la COVID-19. J’ai été confinée une semaine aux Jeux Méditerranéens. Après, je me suis remise au travail, d’abord à Monaco. Puis, j’ai participé à une Coupe d’Europe de 10 km à Belgrade qui était obligatoire. Il y a une règle qui stipule qu’on doit participer à une Coupe d’Europe entre deux Championnats d’Europe. Comme j’avais été blessée en début de saison, j’ai disputé celle-ci. Ensuite, j’ai effectué un stage de trois semaines en altitude à Font-Romeu pour reprendre de la caisse et du fond. Enfin, j’ai rejoint l’équipe de France à Vichy. Nous y sommes restés une semaine avant de prendre la direction de Rome (Italie). Depuis les Championnats de France, j’ai mis un gros accent sur l’entraînement pour être en forme à Rome.

- Qu'avez-vous pensé du site de compétition, lors du repérage ?

Le site de compétition était en mer. Il y a plus de vagues qu’autour d’un lac. Les Championnats du monde de 2009 avaient déjà eu lieu à Ostia, près de Rome. Il y avait déjà eu des problèmes en raison des conditions météorologiques. On aurait pu s’attendre à un plan B par rapport à ça. Le parcours en lui-même avait quatre bouées, des bouées directionnelles. C’était un parcours convenable. Après au vu de ce qui s’est passé, j’aurai aimé qu’un plan B soit réfléchi car en 2009, il y avait déjà eu des problèmes par rapport à ça. L’entrée était gratuite pour les spectateurs mais l’ambiance n’était pas grandiose pour un Championnat d’Europe. On avait l’impression que c’était compétition banale.

« En 2009, il y avait déjà eu des problèmes à Ostia en raison des conditions météos. On aurait pu s’attendre à un plan B par rapport à ça  »

- Le jour du 25 km de l'Euro, qu'est-ce qui a été dit lors du briefing ?

La course était prévue initialement le matin. Mais vu qu’il y a eu deux jours en moins en raison des conditions météos, le 5 km est parti le matin et le 25 km l’après-midi, à 13h. Lors du briefing, ils nous ont rappelé la règle. Si jamais les conditions météos se dégradaient, la course pouvait être interrompue. Mais dès qu’on dépassait les 15 km et 3 heures de course, un classement pouvait être rendu. Du coup, avant d’arrêter la course, les organisateurs étaient censés nous prévenir un tour avant l’arrivée. J’ai même demandé s’il fallait aller toucher la plaque, ils m’ont répondu que « non ». Mais tout n’a pas été clairement précisé.

- Avez-vous constaté une évolution des conditions météos (vagues, vent, chaleur) entre le départ et l'arrêt de la course ?

Les conditions se sont dégradées entre le premier et le 5e tour. Au 5e tour, j’ai ressenti beaucoup, beaucoup de vagues et plus de vent. Après, je n’ai pas été gênée par la chaleur. J’avais fait de la thermoroom (de l’effort à 40°C) à Font-Romeu. Entre le 5e et le 9e tour, je n’ai pas senti de dégradation. Les conditions n’étaient certes pas faciles. Il y avait de la vague, du vent, de la houle. Mais on est nageur d’eau libre, pas de bassin. 

« A partir du 5e tour, je n’ai pas senti de dégradation des conditions »

- Quel était votre stratégie de course ?

Être plutôt prudente au début. Sur les efforts de longue distance comme ça, il y a toujours des moments où on se sent très bien, des moments où on se sent moins bien. Si on est très bien tôt, il faut essayer de pas trop partir, car on sait que derrière c’est long, plus de 5h30 d’efforts. Là, en plus, c’était des conditions difficiles. Ma stratégie était de rester au contact des filles tout le temps, ne pas faire de gros efforts. Mais si je voyais des adversaires mal placées, j’essayais d’accélérer au ravitaillement pour les mettre dans une situation de stress et les fatiguer un peu. Mais à aucun moment, je n’ai songé à effectuer un sprint pour partir. Il y a aussi le moment, qui peut être décisif, où les garçons nous rattrapent. Là, j’étais consciente que c’était des tours de 1 600 m et non de 2 500 m et que les garçons nous rattraperaient plus vite. Il fallait avoir de l’énergie à ce moment-là pour accélérer.

- Durant les 17 ou 18 kilomètres effectués, quel a été le scénario de la course ? Quel a été votre ressenti ? À quelle position étiez-vous lors de l'arrêt définitif ? Apparemment, il y a eu plusieurs arrêts avant le définitif. Comment cela a pu arriver ?

Jusqu’à 14 km, tout allait bien. On était 9 au départ. Durant les 10 premiers kilomètres, nous sommes restées à 9. Après, Caroline (Jouisse) et les Italiennes accélèrent au 9e tour. Elles sautent le ravitaillement. Moi, je trouve ça un peu précipité et je n’ai pas l’impression qu’ils vont arrêter la course. Je regarde les bateaux aux alentours et je ne les vois pas arrêter la course à ce moment-là. Du coup, il y a un écart qui se fait. Au passage au 15e km, je suis 4e. Il y a Caroline et les deux Italiennes (Barbara Pozzobon et Veronica Santoni) devant. À ce moment, on ne nous arrête pas, pas du tout. Au 16e km, je les rattrape. Je suis dans les pieds des Italiennes. Et là, une première fois, ils nous arrêtent. Sauf que Caroline, elle, est un peu sur la droite. Elle ne s’arrête pas. Moi, je m’arrête avec les Italiennes et Lisa (Pou) revient avec nous. Ensuite, ils nous disent de continuer. On continue. Et là, dans le 10e tour, une des Italiennes (Veronica Santoni) saute. Caroline est alors seule devant et je suis avec Lisa Pou et Barbara Pozzobon.

«Pour nous, il n’y a pas eu d’arrêt définitif» 

On fait un tour comme ça toutes les trois. Je suis entre la 2e et la 4e place, jusqu’au 11e tour. À ce moment où on repasse devant le ponton de ravitaillement, et les coaches nous disent d’aller jusqu’au finish. Là, Lisa est un peu derrière. Je suis avec l’Italienne. On va vers la plaque mais il n’y a pas de ligne, pas de juges. On s’est alors dirigés vers la plage tranquillement avec l’Italienne. Caroline était devant, ensuite moi et l’Italienne et Lisa derrière nous. Il n’y a pas eu d’arrêt. Un jet-ski n’est pas venu nous arrêter comme ça a été le cas pour Axel (Reymond). On ne nous a pas dit d’aller vers la plage. Mais on a vu Caroline y aller, on a fait de même. Je ne peux pas dire à quelle position j’étais lors de l’arrêt définitif, car pour nous, il n’y a pas eu d’arrêt définitif. Il y a eu trois arrêts mais on nous a dit à chaque fois de repartir.   

- Pour bien faire comprendre aux lecteurs, dans la chaîne de transmission des infos, qui a pris la décision de l'arrêt et qui était chargé d'avertir les délégations et nageurs ?

Je ne sais pas du tout. Normalement, ce sont les juges qui avertissent les ravitailleurs qui, eux-mêmes, sont chargés de nous avertir. Mais je pense qu’il y a eu un gros problème de communication. Je ne peux pas dire plus. Après, nous, on nageait quand même dans des conditions difficiles. Il fallait prendre des caps. On ne sait pas précisément ce qui s’est passé à côté. Mais je pense qu’il y a eu un gros problème de communication, c’est certain.

« Un sentiment de déception »

- Qu’avez-vous pensé lors de l'arrêt définitif ? Pensiez-vous qu’il y aurait un classement malgré tout ?

Il n’y a pas eu d’arrêt définitif…Au 15e km, ils ne nous ont pas arrêtées donc je ne vois pas comment ils auraient pu établir un classement. Personne ne nous a averties d’aller au 15e km à fond. Ils auraient pu peut-être établir un classement lorsqu’ils nous arrêtent une première fois, quand je suis avec les deux Italiennes. Mais à ce moment-là, ils nous arrêtent sans vraiment nous arrêter. Ils nous arrêtent, nous font des signes mais nous disent pas d’accélérer et que c’est le dernier tour. Après, je ne pense pas qu’ils auraient pu faire un classement par rapport à la plage. Avec Pozzobon, par exemple, on ne fait pas de sprint final pour arriver sur la plage.

- Quel est votre sentiment après cette mésaventure que l’on peut qualifier d'inadmissible à ce niveau ?

Un sentiment de déception. C’est beaucoup d’heures d’entraînement, d’investissement de ma part, mais aussi de beaucoup de personnes. Même si c’est moi qui nage, il y a beaucoup de personnes qui m’aident au quotidien pour arriver à ce niveau-là, pour être performante, pour me préparer. Il y a tout le staff de la fédération qui permet d’être fort dans la dernière ligne droite, mais il y a aussi tout au long de l’année notre club, les entraîneurs, la famille, les amis. Et aussi tout le club, Sarcelles. Par exemple, j’ai été obligée de faire une Coupe d’Europe à Belgrade. C’est un coût énorme. Tout ça, sans le club, sans la ligue Ile-de-France, sans la région, ce n’est pas possible. C’est une déception de ne pas pouvoir montrer les capacités du moment, car on s’est préparé pour.

« Je suis déçue qu’il n’y ait pas eu de reprogrammation de la course »

C’était une sélection en équipe de France. Je ne sais pas ce que la LEN va faire. Elle a écrit un mail très général pour s’excuser. Mais ça reste un Championnat d’Europe. J’aurai été pour qu’il y ait une course le lendemain, le surlendemain, qu’ils reprogramment quelque chose. Mais dès le moment où les deux tiers de l’épreuve ont été réalisés, ce n’est plus d’actualité. Si la course avait été annulée avant les 15 km, on aurait repris un départ le plus tôt possible. Mais là, les 15 km étaient passés. Même s’il n’y a pas eu de classement, je suis déçue qu’il n’y ait pas eu de reprogrammation de la course.

- Pour votre avenir en équipe de France d'eau libre, allez-vous participer à d'autres épreuves en vue de sélections ?

Pour être sélectionnée aux Mondiaux, il faudra participer à certaines courses et retrouver sa place en équipe de France. Cela passera par un système de qualification.

Propos recueillis par Julien BIGORNE

 

 

Reymond : ''Vraiment extrême !''

Interview d'Axel Reymond, vice-champion du monde de 25 km en eau libre (photo : Julien Bigorne)

 

Le 30 juin, au Lac Lupa (Hongrie), Axel Reymond est devenu le 5e nageur à décrocher une troisième médaille aux Championnats du monde de 25 km en eau libre. Sous une canicule mémorable, le sociétaire des JETS de Sarcelles a mené la course durant plus de 2h30, distancé un à un ses rivaux avant de céder au sprint face à Dario Verani. Il lui a manqué 50 mètres et 1’’2 pour conserver son titre. Mais il fait un vice-champion du monde plein de panache. Le 7 juillet, le protégé de Magali Merino est revenu, pour nous, sur cette course d’exception.    

- Ce 25 km des Mondiaux de Budapest restera dans les annales. Qu’en retiens-tu ?

Axel Reymond : Les conditions étaient vraiment extrêmes. On a commencé avec deux heures d’avance sur l’horaire prévu. Départ à 7 heures. A 5h30, l’eau était déjà à 27° C et il faisait déjà 20° C en extérieur. On savait que ça allait être chaud. Mais je ne m’attendais pas à ce que ce soit aussi chaud. À 10 heures, l’eau était à 29° C et la température extérieure à 40°C…

- Le scénario a-t-il été conforme à tes attentes ?

La course, ça a été 12,5 km d’attente, de placement, de regards sur les adversaires. Pas grand-chose à raconter là-dessus. J’ai pris la tête à partir du 13e kilomètre, sans repasser derrière quelqu’un. J’ai essayé de mener mon allure, comme je le fais d’habitude, pour les épuiser au mieux avant le sprint final. Mais ça a été très dur car il fallait bien boire. J’ai bu tout ce qu’il y avait dans mes bouteilles. Mais je n’ai pas assez bu par rapport à la chaleur et au temps qu’il faisait. J’étais vraiment déshydraté sur le dernier tour. J’ai peiné à faire un sprint dans le chenal ce qui a permis à l’Italien (Dario Verani) de revenir fort et de faire 15 derniers mètres à fond.

- Tu as dit avoir été complètement déshydraté. As-tu sauté un ravitaillement ou as-tu bu un peu moins sur un ravitaillement ?

Non, non. J’ai bu toutes mes bouteilles. Le seul problème : c’est ce que j’avais l’habitude de boire sur un 25 km quand l’eau est à 20° C et la température à 20° C. On avait mis une bouteille à côté, sauf que je n’avais pas le temps de la boire. J’ai fait au mieux. Et après chaque ravitaillement, je lançais des accélérations mais ils me rattrapaient à chaque fois.

- Dans le dernier tour, tu as distancé tout le monde sauf l’Italien Dario Verani. Est-ce que tu t’es dit que tu pouvais l’emporter au sprint comme lors des derniers Mondiaux (face à Drattchev, Occhipinti et Ruffini) ?   

En 2019, je l’avais emporté au sprint sur un 25 km où j’étais bien à la fin. Là, je le sentais : j’étais vraiment lourd, je manquais de quelque chose. Je ne le sentais pas du tout le dernier sprint. J’ai passé la bouée. Il restait 300 mètres. Et j’étais vraiment mal. J’avais eu de la peine à semer les autres. Quand j’ai senti ses mains sur mes pieds, je n’ai pas paniqué mais j’ai senti que ce serait très dur. Quand je l’ai vu déboiter sur mon côté droit, j’ai essayé de mettre quelques bras tendus, quelques jambes pour essayer de garder une vitesse constante pour le battre. Mais je n’ai pas réussi. Il a joué et tiré son épingle du jeu. Son objectif, c’était de rester dans les pieds de tous les autres jusqu’au sprint final. Il a vraiment bien joué.

- Ceci dit, c’est ta 3e médaille sur un Championnat du monde de 25 km. Tu fais partie des cinq nageurs dans l’histoire de l’eau à réussir cette performance…

Oui. Et puis, faire un gros train comme ça, il y en a pas beaucoup qui en sont capables. Ils le savent très bien les autres.

- Combien de kilomètres parcoures-tu à l’entraînement pour atteindre de tels résultats internationaux ?

En moyenne entre 90 et 100 kilomètres par semaine. Parce qu’il y a les stages où on fait plus, et les semaines d’affutage où on fait moins. À l’année, j’en suis à 4 200 kilomètres.

- C’est un sacerdoce. Parmi les nageurs, c’est toi qui fait le plus de kilomètres ?

Parmi les nageurs d’eau libre et de 25 km, c’est effectivement moi.

Propos recueillis par Julien BIGORNE

 

 

Jouisse : ''C'était positif''

Interview de Caroline Jouisse, 4e sur le relais mixte et 5e sur le 25 km aux Championnats du monde en eau libre de Budapest (photo : Julien Bigorne)

 

Lauréate du Grand Prix FINA 2021 (la Coupe du monde d’ultra-marathon), Caroline Jouisse a participé à ses premiers grands Championnats depuis six ans, à l’occasion des Mondiaux en eau libre de Budapest (Hongrie). Dans les eaux du Lac Lupa, la sociétaire des JETS de Sarcelles a notamment terminé 4e du relais mixte 4x1500 m nage libre et 5e du 25 km. La protégée de Magali Merino, que nous avons rencontrée le 7 juillet à l’entraînement, à 48 heures de sa participation à la Coupe du monde de Paris, est revenue sur ces expériences.  

Le 26 juin, tu as débuté tes Mondiaux par le relais. Quels ont été tes sensations ?

Caroline Jouisse : J’étais très stressée car ma participation a été décidée à l’INSEP peu de temps avant le départ et aussi parce que je me sentais comme le maillon faible de l’équipe. Aurélie (Muller) nage 16’22 au 1500 m, moi 17’10… De plus, quelque chose de nouveau a été mis en place à Budapest : pour le passage de relais, il fallait toucher une plateforme et le nageur suivant pouvait courir et s’élancer. Je n’étais pas très à l’aise avec ça. On a donc décidé de me mettre en première position. Il y a eu une très bonne entente au sein de l’équipe. Ils ont vu que j’étais stressée, ils m’ont mis à l’aise. J’en ressors satisfaite. Sur mon relais, quatre équipes, dont l’Espagne, se sont faites disqualifiées en ratant une bouée (…). Nous avons été un peu frustrés de finir 4e même si nous visions un top 5. Nous, les filles, notre rôle était de rester dans les pieds de l’Allemagne et l’Italie, qui étaient les nations les plus fortes. On a tous fait un bon job, je pense. Donc, c’était positif.

Quatre jours plus tard, tu as été en tête du 25 km… 

Oui, j’ai été en tête de la course vers la fin mais je n’y suis pas restée longtemps. À mon sens, ce n’était pas à moi d’être devant, même si je me sentais bien à ce moment-là. Il y avait Ana Marcela (Cunha), qui finit championne du monde pour la cinquième fois ; Sharon (Van Rouwendaal) et d’autres filles qui ont de gros palmarès. Je me suis mis devant et après, je me suis dit : « Ce n’est pas à toi d’être là ». Donc, je me suis replacée derrière. Mais la course a été compliquée aussi. Pendant 12 bornes, j’ai galéré ! J’ai mis la moitié de la course à me mettre dedans et à trouver ma nage.

Dans la dernière partie de course, on a pu voir que tu ne prenais pas les mêmes caps que les autres filles. Était-ce voulu ou pas ?  

Ce n’est pas que je n’étais plus lucide (sourire). C’était voulu. Dans le dernier tour, je passe le ravito et Mag me dit que je suis sixième. Et de mon ressenti, je vois les filles partir complètement à l’intérieur. Or, dans le tour d’avant, on avait passé une bouée en faisant un tour complètement à 180. Je me suis dit : « On ne va pas se rajouter encore un peu plus de distance ». Je les ai vues partir complètement à gauche. Je suis partie à droite. Et il se trouve que plus la ligne avançait, plus j’étais beaucoup trop à droite. Ma trajectoire était mauvaise à la fin de la ligne. Mais j’ai quand même réussi à reprendre 5 secondes sur les filles. Donc, c’était intéressant. Et l’autre ligne, je reviens quasiment dans les pieds de l’Italienne. Elle a bifurqué à gauche pour reprendre les filles. Je ne l’ai pas fait et au final, je ne les ai jamais rattrapées…sauf la seconde Allemande dans le final.  

Après ces expériences, à quelles courses vas-tu participer cet été ?

Je serai ce week-end à la Coupe du monde de Paris sur le 10 km et le relais. Ensuite, les Championnats d’Europe, on ne connaît pas encore la sélection qui sera dévoilée le 12 juillet. Je devrai faire le 25 km et peut-être le 10 km.

Propos recueillis par Julien BIGORNE

 

 

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