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Grangeon : ''Sentiment de déception''

Bien partie pour décrocher un podium sur le 25 km des Championnats d'Europe, Lara Grangeon-De Villele (JETS de Sarcelles) a vu l'épreuve s'achever dans la confusion et être annulée. Une grande déception (photo : Julien Bigorne)

 

Le 20 août à Ostia, Lara Grangeon-De Villele était bien partie pour décrocher un nouveau podium aux Championnats d’Europe de 25 km, après sa 2e place en 2021. Malheureusement, la course n’a pas été jusqu’à son terme, s’est achevée dans la confusion et a dû être annulée en raison de l’impossibilité d’établir un classement. La sociétaire des JETS de Sarcelles revient sur cet épisode déplorable.  

- Après votre titre de championne de France du 25 km et votre participation aux Jeux méditerranéens, quels ont été votre programme et vos stages d’entraînement ?

Après ces deux compétitions, j’ai chopé la COVID-19. J’ai été confinée une semaine aux Jeux Méditerranéens. Après, je me suis remise au travail, d’abord à Monaco. Puis, j’ai participé à une Coupe d’Europe de 10 km à Belgrade qui était obligatoire. Il y a une règle qui stipule qu’on doit participer à une Coupe d’Europe entre deux Championnats d’Europe. Comme j’avais été blessée en début de saison, j’ai disputé celle-ci. Ensuite, j’ai effectué un stage de trois semaines en altitude à Font-Romeu pour reprendre de la caisse et du fond. Enfin, j’ai rejoint l’équipe de France à Vichy. Nous y sommes restés une semaine avant de prendre la direction de Rome (Italie). Depuis les Championnats de France, j’ai mis un gros accent sur l’entraînement pour être en forme à Rome.

- Qu'avez-vous pensé du site de compétition, lors du repérage ?

Le site de compétition était en mer. Il y a plus de vagues qu’autour d’un lac. Les Championnats du monde de 2009 avaient déjà eu lieu à Ostia, près de Rome. Il y avait déjà eu des problèmes en raison des conditions météorologiques. On aurait pu s’attendre à un plan B par rapport à ça. Le parcours en lui-même avait quatre bouées, des bouées directionnelles. C’était un parcours convenable. Après au vu de ce qui s’est passé, j’aurai aimé qu’un plan B soit réfléchi car en 2009, il y avait déjà eu des problèmes par rapport à ça. L’entrée était gratuite pour les spectateurs mais l’ambiance n’était pas grandiose pour un Championnat d’Europe. On avait l’impression que c’était compétition banale.

« En 2009, il y avait déjà eu des problèmes à Ostia en raison des conditions météos. On aurait pu s’attendre à un plan B par rapport à ça  »

- Le jour du 25 km de l'Euro, qu'est-ce qui a été dit lors du briefing ?

La course était prévue initialement le matin. Mais vu qu’il y a eu deux jours en moins en raison des conditions météos, le 5 km est parti le matin et le 25 km l’après-midi, à 13h. Lors du briefing, ils nous ont rappelé la règle. Si jamais les conditions météos se dégradaient, la course pouvait être interrompue. Mais dès qu’on dépassait les 15 km et 3 heures de course, un classement pouvait être rendu. Du coup, avant d’arrêter la course, les organisateurs étaient censés nous prévenir un tour avant l’arrivée. J’ai même demandé s’il fallait aller toucher la plaque, ils m’ont répondu que « non ». Mais tout n’a pas été clairement précisé.

- Avez-vous constaté une évolution des conditions météos (vagues, vent, chaleur) entre le départ et l'arrêt de la course ?

Les conditions se sont dégradées entre le premier et le 5e tour. Au 5e tour, j’ai ressenti beaucoup, beaucoup de vagues et plus de vent. Après, je n’ai pas été gênée par la chaleur. J’avais fait de la thermoroom (de l’effort à 40°C) à Font-Romeu. Entre le 5e et le 9e tour, je n’ai pas senti de dégradation. Les conditions n’étaient certes pas faciles. Il y avait de la vague, du vent, de la houle. Mais on est nageur d’eau libre, pas de bassin. 

« A partir du 5e tour, je n’ai pas senti de dégradation des conditions »

- Quel était votre stratégie de course ?

Être plutôt prudente au début. Sur les efforts de longue distance comme ça, il y a toujours des moments où on se sent très bien, des moments où on se sent moins bien. Si on est très bien tôt, il faut essayer de pas trop partir, car on sait que derrière c’est long, plus de 5h30 d’efforts. Là, en plus, c’était des conditions difficiles. Ma stratégie était de rester au contact des filles tout le temps, ne pas faire de gros efforts. Mais si je voyais des adversaires mal placées, j’essayais d’accélérer au ravitaillement pour les mettre dans une situation de stress et les fatiguer un peu. Mais à aucun moment, je n’ai songé à effectuer un sprint pour partir. Il y a aussi le moment, qui peut être décisif, où les garçons nous rattrapent. Là, j’étais consciente que c’était des tours de 1 600 m et non de 2 500 m et que les garçons nous rattraperaient plus vite. Il fallait avoir de l’énergie à ce moment-là pour accélérer.

- Durant les 17 ou 18 kilomètres effectués, quel a été le scénario de la course ? Quel a été votre ressenti ? À quelle position étiez-vous lors de l'arrêt définitif ? Apparemment, il y a eu plusieurs arrêts avant le définitif. Comment cela a pu arriver ?

Jusqu’à 14 km, tout allait bien. On était 9 au départ. Durant les 10 premiers kilomètres, nous sommes restées à 9. Après, Caroline (Jouisse) et les Italiennes accélèrent au 9e tour. Elles sautent le ravitaillement. Moi, je trouve ça un peu précipité et je n’ai pas l’impression qu’ils vont arrêter la course. Je regarde les bateaux aux alentours et je ne les vois pas arrêter la course à ce moment-là. Du coup, il y a un écart qui se fait. Au passage au 15e km, je suis 4e. Il y a Caroline et les deux Italiennes (Barbara Pozzobon et Veronica Santoni) devant. À ce moment, on ne nous arrête pas, pas du tout. Au 16e km, je les rattrape. Je suis dans les pieds des Italiennes. Et là, une première fois, ils nous arrêtent. Sauf que Caroline, elle, est un peu sur la droite. Elle ne s’arrête pas. Moi, je m’arrête avec les Italiennes et Lisa (Pou) revient avec nous. Ensuite, ils nous disent de continuer. On continue. Et là, dans le 10e tour, une des Italiennes (Veronica Santoni) saute. Caroline est alors seule devant et je suis avec Lisa Pou et Barbara Pozzobon.

«Pour nous, il n’y a pas eu d’arrêt définitif» 

On fait un tour comme ça toutes les trois. Je suis entre la 2e et la 4e place, jusqu’au 11e tour. À ce moment où on repasse devant le ponton de ravitaillement, et les coaches nous disent d’aller jusqu’au finish. Là, Lisa est un peu derrière. Je suis avec l’Italienne. On va vers la plaque mais il n’y a pas de ligne, pas de juges. On s’est alors dirigés vers la plage tranquillement avec l’Italienne. Caroline était devant, ensuite moi et l’Italienne et Lisa derrière nous. Il n’y a pas eu d’arrêt. Un jet-ski n’est pas venu nous arrêter comme ça a été le cas pour Axel (Reymond). On ne nous a pas dit d’aller vers la plage. Mais on a vu Caroline y aller, on a fait de même. Je ne peux pas dire à quelle position j’étais lors de l’arrêt définitif, car pour nous, il n’y a pas eu d’arrêt définitif. Il y a eu trois arrêts mais on nous a dit à chaque fois de repartir.   

- Pour bien faire comprendre aux lecteurs, dans la chaîne de transmission des infos, qui a pris la décision de l'arrêt et qui était chargé d'avertir les délégations et nageurs ?

Je ne sais pas du tout. Normalement, ce sont les juges qui avertissent les ravitailleurs qui, eux-mêmes, sont chargés de nous avertir. Mais je pense qu’il y a eu un gros problème de communication. Je ne peux pas dire plus. Après, nous, on nageait quand même dans des conditions difficiles. Il fallait prendre des caps. On ne sait pas précisément ce qui s’est passé à côté. Mais je pense qu’il y a eu un gros problème de communication, c’est certain.

« Un sentiment de déception »

- Qu’avez-vous pensé lors de l'arrêt définitif ? Pensiez-vous qu’il y aurait un classement malgré tout ?

Il n’y a pas eu d’arrêt définitif…Au 15e km, ils ne nous ont pas arrêtées donc je ne vois pas comment ils auraient pu établir un classement. Personne ne nous a averties d’aller au 15e km à fond. Ils auraient pu peut-être établir un classement lorsqu’ils nous arrêtent une première fois, quand je suis avec les deux Italiennes. Mais à ce moment-là, ils nous arrêtent sans vraiment nous arrêter. Ils nous arrêtent, nous font des signes mais nous disent pas d’accélérer et que c’est le dernier tour. Après, je ne pense pas qu’ils auraient pu faire un classement par rapport à la plage. Avec Pozzobon, par exemple, on ne fait pas de sprint final pour arriver sur la plage.

- Quel est votre sentiment après cette mésaventure que l’on peut qualifier d'inadmissible à ce niveau ?

Un sentiment de déception. C’est beaucoup d’heures d’entraînement, d’investissement de ma part, mais aussi de beaucoup de personnes. Même si c’est moi qui nage, il y a beaucoup de personnes qui m’aident au quotidien pour arriver à ce niveau-là, pour être performante, pour me préparer. Il y a tout le staff de la fédération qui permet d’être fort dans la dernière ligne droite, mais il y a aussi tout au long de l’année notre club, les entraîneurs, la famille, les amis. Et aussi tout le club, Sarcelles. Par exemple, j’ai été obligée de faire une Coupe d’Europe à Belgrade. C’est un coût énorme. Tout ça, sans le club, sans la ligue Ile-de-France, sans la région, ce n’est pas possible. C’est une déception de ne pas pouvoir montrer les capacités du moment, car on s’est préparé pour.

« Je suis déçue qu’il n’y ait pas eu de reprogrammation de la course »

C’était une sélection en équipe de France. Je ne sais pas ce que la LEN va faire. Elle a écrit un mail très général pour s’excuser. Mais ça reste un Championnat d’Europe. J’aurai été pour qu’il y ait une course le lendemain, le surlendemain, qu’ils reprogramment quelque chose. Mais dès le moment où les deux tiers de l’épreuve ont été réalisés, ce n’est plus d’actualité. Si la course avait été annulée avant les 15 km, on aurait repris un départ le plus tôt possible. Mais là, les 15 km étaient passés. Même s’il n’y a pas eu de classement, je suis déçue qu’il n’y ait pas eu de reprogrammation de la course.

- Pour votre avenir en équipe de France d'eau libre, allez-vous participer à d'autres épreuves en vue de sélections ?

Pour être sélectionnée aux Mondiaux, il faudra participer à certaines courses et retrouver sa place en équipe de France. Cela passera par un système de qualification.

Propos recueillis par Julien BIGORNE