Actualités

Catteau : ''Oser sans pression''

Les 18 et 19 août, à l’occasion des Championnats d’Europe de Rome (Italie), Madelon Catteau honorera, à seulement 19 ans, sa première sélection en équipe de France senior, et pourrait bien surprendre ses aînées sur le 5 km et sur le 10 km.  

 

- Vous pratiquez déjà la natation depuis 14 ans. Comment est née cette passion ? 

Je suis issue d’une famille de nageurs. Avant moi, mes deux frères et ma sœur ont pratiqué cette discipline avant de s’orienter vers l’aviron et la danse. Contrairement à eux, j’ai poursuivi. Car j’obtenais de bons résultats, je suis une compétitrice et j’aime gagner.

- À quel âge, avez-vous disputé votre premier Championnat de France ? 

J’avais 15 ans ! C’était aux France 2017 en petit bassin à Montpellier (24e sur 1 500 m nage libre). C’était incroyable car deux ans avant, je payais mes billets pour suivre la compétition dans les tribunes. Je ne pensais pas passer aussi vite du statut de spectatrice à celui d’actrice...

- Six mois plus tard, vous participez aux France d’eau libre 2018. Un tournant ?

Oui, car c’est cette compétition qui m’a conduit à ma première sélection en équipe de France, en étant championne de France junior 1 sur 5 km. Je participe ainsi aux Mondiaux juniors à Eilat (Israël) et nous sommes champions du monde du relais mixte U19.

- Ce relais, c’était un sacré baptême du feu pour vous…

J’étais effectivement confrontée à des filles mais aussi des garçons plus âgés de 4 ans. Comme ils avaient plus d’expérience, mon objectif sur ce premier relais, c’était d’essayer d’avoir le moins de retard possible. J’ai fait le boulot ! J’ai ensuite assisté aux passages de Jean-Baptiste (Clusman), Lisa (Pou) et Enzo (Roldan Munoz). Une dinguerie !       

- Est-ce que cette compétition a été décisive dans votre orientation vers l’eau libre ?

C’est plutôt l’Euro junior 2019 qui l’a été. Face à des filles plus âgées d’un an, j’avais réussi à être médaillée de bronze sur 7,5 km. Ça m’a ouvert les yeux. J’avais de l’ambition pour les Mondiaux juniors 2020…malheureusement annulés en raison de la Covid-19.  

- À cette période, comment avez-vous vécu le confinement ?

Assez bien, finalement. Je suis retournée auprès de ma famille à Toulouse. J’ai couru, je me suis entretenu physiquement. Au moment de retourner dans les bassins et dans les lacs, j’étais plus déterminée que jamais. Je décroche d’ailleurs les trois titres nationaux juniors en eau libre (5 – 10 – 25 km) en septembre 2020 à Jablines.

- Ensuite, après une belle année 2021 (2e sur 800 m et 3e sur 1 500 m aux France élites, 3e sur 10 km à l’Euro junior), vous semblez très forte cette saison. Qu’est-ce qui a évolué ?

J’ai effectué une grosse préparation avec Philippe Lucas. Cela représentait 10 séances dans l’eau et 2 séances de musculation par semaine. De 70 à 95 km hebdomadaires. Avant l’Euro junior de Setubal, je n’ai jamais nagé aussi vite à l’entraînement. J’enchaînais des séries de 50 x 100 m ou 20 x 200 m à une allure de départ d’1’20 par 50 m pour finir à 1’06.

- Comment s’est déroulé le 10 km où vous devenez championne d’Europe junior ?

Il y avait beaucoup de vagues et de courant. Nous étions en mer, pas en lac. Les conditions étaient différentes. Mais j’ai eu la chance d’arriver tôt sur le site de compétition, pour tester le parcours en amont. J’ai tout analysé, ce qui m’a permis de savoir où je mettais les pieds.

- Le jour J, avez-vous attaqué ou temporisé en vue du sprint ?

J’ai attaqué au 6e km et j’ai réussi à créer un écart sur la Portugaise Mafalda Rosa (tenante du titre), la Hongroise Mira Szimcsak (1 titre mondial et 3 titres européens juniors) et le reste du peloton. Il restait 40 minutes de course et deux tours. Lors de mon dernier ravitaillement, j’estimais mon avance à 30 secondes. Mais c’est un temps qu’elles pouvaient reprendre.

- À quel moment comprenez-vous que c’est gagné ?

À 300 m de l’arche. Mes bras ne tournaient plus, mais c’était que du kiff ! Cela fait 4 ans que j’attendais ce titre. Un accomplissement. Après l’arrivée, j’ai hurlé de joie comme jamais.

- Au vu du fort niveau européen, une médaille aux Mondiaux juniors semble possible le 17 septembre aux Seychelles…

C’est mon objectif, effectivement. Mais il y a des Américaines très fortes telles que Mariah Denigan (3e des Mondiaux juniors de 5 km en 2018) qui feront partie de mes adversaires.

- Le 13 juillet, vous avez appris votre sélection en équipe de France pour l’Euro de Rome, sur 5 et sur 10 km. À quoi avez-vous pensé à ce moment-là ?

J’ai savouré car c’était la récompense de beaucoup d’efforts. J’ai aussi été très contente car cette compétition me servira d’expérience sur la route des Jeux Olympiques de Paris 2024. J’ai déjà prouvé que je pouvais tirer mon épingle du jeu chez les seniors, en étant 4e du Test Event de Tokyo sur 5 km en 2019 puis championne de France du 10 km et 5e de la Coupe d’Europe de Piombino, en 2022. Je vais oser, sans me mettre de pression.

- À quoi va ressembler votre vie jusqu’aux JO de Paris 2024 ? 

Je vais continuer à m’entraîner durement jusqu’à cette échéance. Me qualifier à cet événement est un projet que je mène avec les JETS de Sarcelles et avec Philippe Lucas. Je continue mes études après l’obtention de mon DUT en Gestion des Entreprises et des Administrations. Mais je prépare ma Licence 3 en Marketing, en deux ans au lieu d’une, et à distance. 

- Que représente pour vous le fait de porter les couleurs des JETS de Sarcelles ?

Une fierté. Faire partie d’une grande famille et du plus grand club d’eau libre de France. Il y a depuis longtemps un lien qui s’est créé. Je me souviens encore des mots du président Guy Canzano après mon record de France des 19 ans sur 5 km indoor à Sarcelles. C’est inoubliable ! Propos recueillis par Julien BIGORNE