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Reymond brise la glace

Axel Reymond (au premier plan) devient champion de France et recordman de France du 1 000 m en eau glacée en 11'56''20 (photo : FFN).

 

Axel Reymond est double champion du monde du 25 km et triple champion du monde militaire en 2019 en eau libre. Autrement dit, un roc. Pourtant, le sociétaire de l’AAS Sarcelles Natation 95 s’attaquait à un réel défi, le 28 février à Samoëns (Haute-Savoie), en s’alignant sur le 1000 m des Championnats de France en eau glacée. Le protégé de Magali Merino n’avait encore jamais disputé de compétition de ce type, nécessitant d’évoluer dans une eau inférieure à 5°C uniquement vêtu d’un maillot de bain, d’un bonnet et de lunettes. «La veille, au Lac aux Dames, j’avais effectué un premier test sur 100 m, dans une eau à 3°C (10 degrés de moins que mon expérience la plus fraîche en eau libre). J’avais souffert et connu des douleurs indescriptibles aux mains. J’avais donc un peu peur pour le 1 000 m. Mon objectif était simplement de le finir ; jusque-là, seuls 18 Français y étaient parvenus depuis 2015», raconte le spécialiste de l’eau libre.

Première expérience en eau glacée

Le jour J, notre champion débute par un échauffement de 30 minutes (étirements et élastiques) dans un gymnase chauffé. Il rejoint ensuite la chambre d’appel vêtu de quatre couches de vêtements. Magali, son coach, l’accompagne en tant que chaperon jusqu’à la ligne d’eau du bassin de 25 m. Il a alors 5 secondes pour se dévêtir puis 5 secondes pour entrer dans l’eau à 4,6°C. Ses concurrents sont des spécialistes de la discipline qui ont l’habitude des bains de glace et des séances de cryothérapie ainsi que des entraînements mentaux en autohypnose. Le plus connu d’entre eux est Julien Zinsmeister, sacré champion du monde des 200 m, 450 m et 1000 m trois semaines plus tôt en Slovénie.

Titre et record nationaux

«Le départ brûle les mains et les pieds, mais ça part assez vite. Le froid vient alors et on a l’impression de nager avec des pagaies. Au bout de quelques minutes, le sang ne circule plus dans les avant-bras et aux extrémités des doigts. On en est réduit à balancer les coudes», décrit Axel. Après 200 m, le voilà seul en tête. Aux 500 m, il passe en 5’49, en avance sur les bases du record du monde. «Stéphane Lecat, le directeur national de l’eau libre, me faisait de grands signes. Je savais que j’étais en train de réaliser un gros chrono. Dans ces moments-là, on ressent une certaine euphorie». À l’arrivée, notre représentant est champion de France en 11’56’’20, améliorant d’1’21 le record de France de Julien Zinsmeister. Son chrono n’est qu’à 1’’20 du record du monde du Néerlandais Sven Elfferich. Il est aussi plus rapide que Petar Stoïchev, deux fois champion du monde de la spécialité.

(Julien BIGORNE / www.sportspassion95.fr)

 

Les confidences d'Axel

L’after drop. «Le plus impression-nant se passe après la sortie de l’eau. Au bout de dix minutes, on passe de l’euphorie à l’after drop ; la température du corps chute de 10 degrés. Pour contenir ce phé-nomène, on reçoit des serviettes chaudes et on passe dans un sauna chauffé à 70°C. Là, on connaît un état de tremblement sévère…L’immersion dans un ja-cuzzi achève enfin le processus de récupération», analyse Axel.

Un défi qui tombe à pic. «Je ne regrette pas d’avoir vécu cette expérience en eau glacée. Un défi qui tombait à pic entre l’épreuve de Coupe du monde d’eau libre de Santa Fé (finalement annulée) et la Coupe d’Europe d’Eilat. C’est sûr, sur le plan mental, je vais en tirer les bénéfices pour mes prochaines épreuves en eau libre», estime le sociétaire de l’Aas Sar-celles Natation 95, bien décidé à récupérer son titre européen sur 25 km (le 24 mai à Budapest) et à être le premier à remporter la même saison les classements gé-néraux des Coupes du monde d’eau libre (sur 10 km et ultra- marathon).

Propos recueillis par Julien BIGORNE